Le Divertissement
¤ Le risque pour le cheval du picador (suite)
Enfin, Alain Bonijol, propriétaire des chevaux utilisés dans de nombreuses arènes (notamment Arles et Nîmes), a démontré depuis le milieu des années 1990 que des chevaux correctement dressés et auxquels on n’administre aucun tranquilisant, permettent de voir des tercios de piques beaucoup plus intéressants et spectaculaires que ceux effectués avec des chevaux dressés à la va-vite et bourrés de calmants. Si certains picadors se sont, à l’origine, opposés à l’utilisation des chevaux de Bonijol, ils ont eu rapidement la démonstration que les accidents ne sont pas plus nombreux qu’avec les autres chevaux, mais que leur travail est beaucoup plus intéressant, entraîne beaucoup plus souvent les applaudissements du public et permet aux meilleurs picadors de montrer de manière plus visible leur talent. Avec ses chevaux bien dressés et auxquels il n’administre pas de tranquilisants, Bonijol a réussi à conquérir rapidement une large part du marché français, et même à s’implanter en Espagne : il a notamment fourni les chevaux pour des corridas à Barcelone en 2006 ; lors d’une corrida-concours organisée à Saragosse en 2000 à laquelle participaient trois empresas de caballos (« loueurs de chevaux »), ses chevaux ont été reconnus comme les meilleurs. Depuis plusieurs années, de plus en plus de ses concurrents (français ou espagnols) font donc comme lui.
¤ La question de la chance

Du point de vue des aficionados, la
corrida est une mise en scène de la
vie : l'homme par son intelligence va
triompher de la violence et de la
force de l'animal. Le spectacle
tauromachique est extrêmement
codifié. Lors d'une corrida, on tue
six taureaux, toujours selon la même
procédure : accueil du taureau,
picadors, banderilles, faena de muleta, puis estocade. La fin ne fait pas de mystère : le taureau va mourir. La beauté et l'émotion du spectacle résident dans la manière et non pas dans le résultat (un matador qui se contente de mener un taureau à la mort ou qui poussera le tercio de piques au-delà du nécessaire ne pourra espérer aucun trophée, et déclenchera une bronca).
Quant à la chance qu’aurait le taureau de quitter les arènes vivant, c’est un faux problème. Le but de la corrida n’est pas de « tester » les taureaux, afin de tuer les « mauvais » et garder les « bons ». La corrida est un spectacle qui se termine de manière quasi-inéluctable par la mort du taureau : théoriquement, cent pour cent des taureaux devraient être tués en pistes. Exceptionnellement, éleveur, matador, président et public peuvent se rendre compte que le taureau qui se trouve en piste est exceptionnel et qu’il serait idiot de ne pas le garder comme reproducteur. La grâce du taureau est donc avant tout destinée à garder comme reproducteur un taureau exceptionnel. Peu importe que la probabilité qu’un tel cas se présente soit de 1 sur 100, 1 sur 1.000 ou 1 sur 1 million.
Concernant la théorie selon laquelle augmenter les chances du matador de s’en sortir vivant diminue celles du taureau et inversement, cette théorie est surprenante. Elle semble basée sur l’idée que la corrida consisterait à opposer un homme et un taureau, et que le meilleur gagne. Or, la corrida n’est pas un concours ; son but n’est pas d’opposer un homme et un taureau pour voir lequel des deux s’en sort vivant : il est de tuer le taureau. Pour le matador, être tué est donc un accident ; pour le taureau, c’est une quasi-certitude.
Les manipulations, à supposer qu’elles réduisent le risque pour le matador, n’augmentent pas le moins du monde la probabilité pour le taureau d’être tué : cette probabilité est déjà quasiment de cent pour cent. Et à supposer que certains inventent des manipulations destinées à augmenter le risque pour le matador, cela n’entraînerait pas pour autant une augmentation du nombre de taureaux graciés : on n’a jamais vu de taureau gracié après qu’il ait tué un matador ; aucun aficionado ne pourrait d’ailleurs accepter cela.
¤ En ce qui concerne le droit
Des lois applicables sur une partie seulement du territoire, cela n’existe pas seulement dans les états fédéraux, cela existe également dans tous les états unitaires, y compris la France. L’alinéa 3 de l’article 521-1 du Code pénal n’est donc que l’une de ces innombrables lois applicables seulement sur une partie du territoire français.
La proposition de loi de Mme Marland-Militello n'a reçu le soutien que de 65 députés sur 577 9, de plus une telle proposition de loi (un texte proposé par un député ou un sénateur, par opposition à un projet de loi, projeté par le gouvernement) n'a que peu de chances d'être adoptée par le Parlement.
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